Par arrêté signé le 29 mai 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a prorogé le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-4) jusqu’au 31 juillet prochain. Ce report, motivé par des contraintes logistiques et des revendications d’agents, interroge désormais les experts sur les défis de la fiabilité et de la cohérence des futures données statistiques nationales.
L’État camerounais s’accorde un sursis pour mener à bien son opération de dénombrement national. Initialement prévue pour s’achever le 29 mai 2026, la collecte des données du RGPH-4 se poursuivra finalement pendant deux mois supplémentaires. L’acte officiel, scellé par l’arrêté n°074/CAB/PM du chef du gouvernement, traduit la nécessité d’ajuster le calendrier initial face aux contingences matérielles et humaines rencontrées sur le terrain.
Sur le plan opérationnel, la machine du Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP) s’est en effet heurtée à d’importants obstacles. Au-delà des difficultés de coordination géographique, l’opération a été rythmée par des mouvements de contestation des agents recenseurs.
Dans plusieurs localités du pays, ces derniers ont publiquement dénoncé des irrégularités et des retards dans le paiement de leurs primes. Cette situation remet sous les projecteurs la gestion de l’institution, dirigée depuis 2003 par Bernadette Françoise Mbarga, ravivant au passage le débat sur le management des organismes publics.
Le défi technique de la fiabilité statistique
Au-delà des questions managériales, ce glissement de calendrier soulève une problématique scientifique majeure. Un recensement démographique a vocation à fournir une photographie instantanée de la population à un moment précis. En étendant la période de collecte de données sur près de deux mois supplémentaires, les risques de biais statistiques augmentent considérablement.
Les mouvements migratoires internes, l’apparition de nouveaux ménages ou les omissions de dénombrement constituent autant de variables susceptibles d’altérer la précision des résultats. Pour les experts, l’efficacité des mécanismes de contrôle et de dédoublonnage que déploiera le BUCREP sera donc déterminante pour préserver la cohérence méthodologique de l’ensemble du processus.
Le RGPH-4 demeure l’outil stratégique par excellence pour la planification des infrastructures, des services sociaux et des politiques publiques du Cameroun pour les années à venir. Le succès définitif de cette opération nationale ne se mesurera pas seulement au volume de la population enregistrée, mais à la capacité du gouvernement à garantir l’indiscutable crédibilité de son appareil statistique.





