Politique : une tribune sur la visite des évêques par le SGPR

Ce pamphlet est l’œuvre du  président régional du Sdf pour l’Europe Alexis Kamewe qui met en lumière avec une critique acerbe sur cette sortie du secrétaire général à la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh qui a reçu récemment les évêques.
  Ce mardi 12.08.2025 au Palais de l’Unité, le Ministre d’État recevra deux délégations venues apporter un « soutien total » à la candidature de Paul Biya : les évêques catholiques du Cameroun et des chefs traditionnels de l’Ouest.

À première vue, l’événement se veut solennel. Mais il porte en lui une contradiction profonde qui ne peut passer inaperçue dont le but macarbre est de faire valider une forfaiture de trop au Peuple Camerounais.

Il y a seulement quelques semaines, lors de leur dernier synode, ces mêmes évêques dressaient un constat sombre, presque désespéré, sur l’état du Cameroun : pauvreté écrasante, corruption généralisée, infrastructures délabrées, enclavement criard de nombreuses régions, pénurie chronique d’eau potable, désespoir d’une jeunesse poussée à l’exil, insécurité persistante. Ils rappelaient aussi, implicitement, les lourdes souffrances infligées à l’Église tout au long de ce règne : meurtres de prêtres, assassinats jamais élucidés, intimidations et pressions sur les voix critiques.

Plus encore, l’évêque de Yagoua était allé jusqu’à déclarer qu’il vaudrait mieux « élire même le diable » plutôt que de reconduire l’actuel chef de l’État, symbole d´un échec fracassant à donner espoir à une nation aux potentialités énormes et surtout enviées de tous. Une phrase forte, qui traduisait le ras-le-bol d’une population écrasée par la pauvreté, tandis qu’une caste très restreinte de privilégiés dilapide les ressources et revenus de la nation dans l’opulence et l’indifférence qui sonnent pour ce peuple d´en bas comme une autre humiliation, surement une de trop.

Et pourtant, aujourd’hui, ces pasteurs spirituels franchissent le seuil du palais non pas pour exiger des comptes ou réclamer des réformes et pourquoi pas le départ de celui qui pendant 43 ans a conduit la nation au bord d´une guerre civile et d´un fossé incommensurable, mais pour adouber la reconduction d’un président âgé de 92 ans, au pouvoir depuis 43 ans, dont ils connaissent mieux que quiconque le bilan désastreux qui pends sous le nez et jonche les rues de Yaounde. Ce geste interroge surprends et interroge la nation toute entiere quand on connait les personnages qui s´y prettent. Est ce un calcul politique  ou alors une soumission assumée au pouvoir temporel ?

 

Quant aux chefs traditionnels de l´Ouest, gardiens des traditions ancestrales, considérés comme des sages et des guides traditionnels, censés incarner la mémoire, la dignité et la cohésion des peuples, ils ne sont pas en reste dans cette mise en scène. Nombre d’entre eux se sont détournés de leur rôle de gardiens de l’intérêt communautaire pour se transformer en relais du pouvoir central, troquant leur indépendance morale contre privilèges, enveloppes et promesses personnelles. Pendant que leurs populations subissent la misère, le chômage et l’abandon, certains de ces « notables » préfèrent s’aligner sur le discours officiel, renforçant un système qui marginalise et appauvrit ceux qu’ils sont censés protéger.

En s’alignant ouvertement derrière un candidat, l’Église et la chefferie traditionnelle prennent le risque de renier leur mission fondamentale et de perdre leur crédibilité morale auprès de ceux qu’ils représentent. Les fidèles comme les communautés savent que leurs autorités sont témoins directs des privations, des routes impraticables, des villages oubliés, de la misère qui ronge le pays, et de la corruption qui a gangrené l’État au point de bloquer tout développement.

Ce ralliement spectaculaire ne reflète en aucun cas l’unanimité du peuple, mais plutôt la vieille mise en scène d’un pouvoir qui instrumentalise les figures d’autorité pour se légitimer, sentant le sol se dérober sous leur pieds avec la ferveur populaire qui porte la volonté profonde d´un changement avec l´avènement d´une nouvelle république. En brouillant volontairement la frontière entre foi, tradition et politique, cette rencontre ne célèbre pas l’unité nationale : elle illustre la fusion malsaine entre pouvoir d’État et institutions qui devraient, au contraire, lui rappeler ses devoirs envers le peuple.

Or, le peuple, lui, a clairement exprimé sa volonté de changement. Les inscriptions électorales ont bondi de près de 50 %, atteignant environ 9 millions d’électeurs. La jeunesse, avide de renouveau et de leadership jeune, appelle à un fédéralisme d´execution qui donnerait plus de responsabilités aux collectivités locales, et surtout à un nouveau contrat social au lendemain du scrutin du 12 octobre 2025. L’aspiration est forte à voir émerger un homme neuf, sans aucun lien avec l’ancien système, portant un programme fondé sur la justice, l’égalité des chances, le bien-être des populations et le développement. Les fidèles et administrés, témoins de cette trahison qui se dessine, prendront acte. Mais ils ne renonceront pas pour autant : leur soif de changement reste intacte, et elle ne s’éteindra pas.

 

NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de 237actu.com.

 

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