Derrière la rigueur millimétrée du défilé de la fête nationale à Yaoundé, le malaise politique et économique s’est invité dans les esprits. Alors que le président Paul Biya a célébré l’unité de l’État unitaire entouré des nouvelles figures du parlement, l’opposition fustige l’immobilisme d’un remaniement ministériel introuvable. Entre ferveur officielle et asphyxie citoyenne, le Cameroun cherche son cap.
Par la Rédaction | 237ACTU.COM
YAOUNDÉ, Boulevard du 20 mai – Un parfum d’attente lourde flottait sur la capitale pour ce jour férié. Cinq mois après la promesse présidentielle du Nouvel An d’ajuster l’équipe gouvernementale « dans les prochains jours », les administrations tournent toujours à bas régime. Sur le pavé de Warda, le contraste était saisissant entre la pompe républicaine et le climat social morose.
Le rouleau compresseur de la parade
À 12h35, le général Guy Merlin Chembou Zambou a lancé les hostilités d’un défilé militaire imposant. Vingt-cinq minutes plus tôt, Paul Biya quittait Etoudi sous une escorte spectaculaire de cinquante véhicules et vingt-quatre motards. Pourtant, du haut de sa limousine, le chef de l’État, âgé et concentré, n’a esquissé aucun geste vers la foule. Pas de discours à la nation non plus.
Installé à la tribune officielle, le président siégeait aux côtés des nouveaux visages de l’État : Théodore Datouo, fraîchement porté à la tête de l’Assemblée nationale, et Aboubakary Abdoulaye, nouveau président du Sénat. La Garde présidentielle et un détachement invité de l’armée tchadienne ont assuré le spectacle avant la parade civile.
[Repères historiques : L’État unitaire]
Le 20 mai commémore le référendum de 1972, où Ahmadou Ahidjo mit fin au fédéralisme né en 1961 entre le Cameroun oriental (ex-tutelle française) et le Cameroun occidental (ex-tutelle britannique).
Le choc des certitudes politiques
Dans les travées, la lune de miel républicaine n’a pas résisté aux clivages politiques. Pour le gouvernement, le mot d’ordre reste la patience. Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale, concède une impatience « bruyante », mais temporise : « Les Camerounais ont accordé leur confiance à Paul Biya (…) et savent que les choses avancent. »
Une lecture factuelle que rejette en bloc l’opposition parlementaire. Le député Cabral Libii (PCRN), troisième à la dernière présidentielle, oppose un démenti cinglant : « Il ne se passe rien (…) tout le monde suffoque en attendant que quelque chose bouge. »
Plus incisif encore, Joshua Osih (SDF) estime qu’il n’y a « quasiment plus d’unité nationale » à cause d’une politique de division : « On nous divise en clans, en tribus, en castes sociales. C’est pour cela qu’il y a autant de crises. » Le constat final revient à Emmanuel Simh, vice-président du MRC, qui pointe la guerre au Noso et la fracture sociale : « On ne sait pas trop bien où est-ce que le président Biya est en train de mener la barque “Cameroun”. » Entre démonstration de force et doutes légitimes, le 20 mai s’est achevé sur un statu quo fragile.





