« Si Biya avait nommé un vice-président, il aurait même fait 200 jours à l’étranger »

Invité de l’émission Club d’Élites, l’économiste et analyste Dieudonné Essomba estime que le long séjour de Paul Biya en Europe ne provoquerait pas autant de tensions si un vice-président avait été désigné. Selon lui, le vide institutionnel et les agendas cachés de la classe politique aggravent la crise autour de cette absence record.

Le débat sur l’absence prolongée du chef de l’État continue de polariser la scène politique nationale. Alors que Paul Biya totalise un séjour record en Europe depuis son départ le 7 juin dernier, les analyses institutionnelles se multiplient pour tenter de décrypter la crise. Pour l’éditorialiste Dieudonné Essomba, le nœud du problème réside dans une lacune constitutionnelle majeure : l’absence d’un dauphin officiel.

L’absence de dauphin au cœur des crispations

Invité ce dimanche sur le plateau de Vision 4, l’économiste a analysé la situation sous un angle pragmatique. Pour lui, ce n’est pas la durée du voyage en soi qui pose problème, mais bien l’architecture institutionnelle qui entoure le pouvoir. Sans un successeur constitutionnellement établi, chaque déplacement présidentiel de longue durée se transforme en psychose politique.

« Si, par exemple, Biya avait fait son remaniement ministériel et avait nommé un vice-président, il aurait même fait 100 jours ou 200 jours à l’étranger. Vous croyez que ça dirait quelque chose à quelqu’un ? Ça ne dirait pas grand-chose. Le fait est que la situation est tellement confuse et on ne sait même plus qui fait quoi », a asséné Dieudonné Essomba, pointant du doigt la confusion généralisée au sommet de l’État.

Les rivalités et les agendas cachés

Au-delà du simple vide juridique, l’analyste met en lumière les rivalités souterraines qui agitent la classe politique. Puisque le président demeure l’unique centre névralgique de la décision, son éclipse prolongée exacerbe les ambitions et les impatiences.

Alors que l’opposition dénonce une gestion du pays en « pilotage automatique » et agite le spectre d’une vacance du pouvoir, le parti au pouvoir (le RDPC) continue de balayer ces critiques, affirmant que le chef de l’État gère les affaires nationales à distance malgré la persistance des rumeurs sur sa santé. Pour Essomba, ce choc des perceptions est avant tout alimenté par des « agendas cachés » où chacun guette le moindre signe en fonction de ses ambitions de conquête.

Alors que les semaines s’égrènent sans apparition publique officielle, l’analyse de Dieudonné Essomba relance le débat crucial sur la nécessité d’une clarification institutionnelle. À l’aube de nouveaux défis politiques, la stabilité du Cameroun demeure suspendue à la gestion de cette transition sans visage désigné.

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