Dans cette sortie, l’homme politique et universitaire interpelle la notion communautaire sur l’injustice.
« Vanessa Tchatchou, Aloys Parfait Mbvoum : deux visages, deux drames, deux appels. Et pourtant, deux silences. Deux manières, pour une nation, de se regarder ou de se détourner », écrit le Pr Vincent Sosthène Fouda.
« De Vanessa Tchatchou à Aloys Parfait Mbvoum : l’émotion sélective d’un peuple en quête de lui‑même
Aloys Parfait Mbvoum est incarcéré.
Et dans cette solitude qui lui est imposée, je ne peux m’empêcher de penser à ces images qui traversent les siècles : Rosa Parks marchant derrière le cercueil de Martin Luther King, refusant que la lutte se termine avec la disparition d’un homme.
Elle savait que la fidélité est parfois la dernière forme de courage.
Il est des noms qui traversent nos nuits comme des éclairs, des noms qui ne sont pas seulement des destins individuels, mais des miroirs tendus à la conscience d’un peuple. Vanessa Tchatchou, Aloys Parfait Mbvoum : deux visages, deux drames, deux appels. Et pourtant, deux silences. Deux manières, pour une nation, de se regarder ou de se détourner.
Car ce qui se joue ici n’est pas seulement l’indignation passagère, l’émotion fugitive qui embrase un instant les réseaux et les conversations. Ce qui se joue, c’est la capacité d’un peuple à se tenir debout devant sa propre histoire, à ne pas choisir ses douleurs comme on choisit un spectacle, à ne pas hiérarchiser ses morts comme on hiérarchise des intérêts.
L’émotion sélective est le premier signe d’une fatigue spirituelle, d’un vide intérieur où l’on ne sait plus reconnaître la dignité humaine dans sa nudité essentielle. Elle est le symptôme d’une société qui, faute de repères, se laisse emporter par les vents contraires de la rumeur, de la peur, de l’appartenance clanique ou de la colère instrumentalisée.
Alors, oui, il faut le dire avec la force tranquille des évidences : un peuple qui choisit ses victimes trahit son propre pacte moral. Il se renie. Il se disperse. Il se perd.
Car la grandeur d’une nation ne se mesure pas à la puissance de ses discours, mais à la constance de sa compassion. Elle ne se mesure pas à la vigueur de ses indignations, mais à leur universalité. Elle ne se mesure pas à la force de ses colères, mais à leur justice.
Il nous faut retrouver ce souffle ancien, ce souffle des peuples qui savent que chaque vie compte, que chaque injustice blesse le corps entier de la communauté. Il nous faut retrouver cette verticalité intérieure qui permet de dire non, non à la résignation, non à la fragmentation, non à la tentation de l’indifférence.
Car ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la parole — elle déborde, elle sature, elle envahit. Ce qui manque, c’est la voix : la voix qui rassemble, la voix qui apaise, la voix qui élève. La voix qui rappelle que nous sommes comptables les uns des autres, que la douleur d’un enfant, d’un jeune, d’une mère, d’un inconnu, nous oblige tous.
Il est temps de sortir de l’émotion sélective pour entrer dans la mémoire solidaire.
Il est temps de quitter les réflexes de tribu pour retrouver la communauté de destin.
Il est temps de cesser de trahir nos propres valeurs pour redevenir ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être : un peuple debout, lucide, habité.
Car un peuple qui se vide spirituellement ne disparaît pas d’un coup : il s’effrite, il s’émiette, il se dissout. Et c’est précisément pour cela qu’il faut, aujourd’hui, redonner sens, souffle et horizon à notre manière d’être ensemble.
Non pas pour glorifier le passé.
Non pas pour s’abandonner à la nostalgie.
Mais pour retrouver, dans la clarté du présent, la force de dire : plus jamais cela ».





