Liberté de la Presse : Le Cameroun s’enfonce dans la « zone rouge »

Le nouveau verdict de Reporters sans frontières (RSF) vient de tomber et le constat est sévère pour le paysage médiatique camerounais. En reculant à la 133e place mondiale, le pays de Paul Biya confirme sa fragilité dans un contexte international où l’exercice du journalisme n’a jamais été aussi périlleux depuis un quart de siècle. Entre précarité et pressions, autopsie d’un déclin qui interpelle.

Le miroir tendu par l’ONG internationale Reporters sans frontières (RSF) renvoie une image peu flatteuse du paysage médiatique camerounais. Pour cette édition 2026 du Classement mondial de la liberté de la presse, le Cameroun pointe désormais au 133e rang sur 180 pays. Un décrochage léger en apparence — le pays occupait la 131e place en 2025 — mais qui confirme une tendance structurelle profonde. Malgré le foisonnement apparent d’organes de presse dans les kiosques et sur le web, la réalité du terrain reste marquée par une insécurité latente pour les reporters.

L’illusion du pluralisme face à la réalité sécuritaire

Au Cameroun, la quantité ne fait pas la liberté. Le rapport souligne que les assurances gouvernementales se heurtent à des faits têtus : meurtres de journalistes non élucidés, privations de liberté et une précarité financière qui rend les rédactions vulnérables à toutes les corruptions. Le pays figure désormais dans le peloton de queue des États où l’exercice du métier est jugé « difficile ».

L’analyse de RSF repose sur cinq indicateurs clés : politique, économique, légal, social et sécuritaire. Le constat global de l’organisation est sans appel :

« Les journalistes sont toujours tués ou emprisonnés en raison de leur travail, mais les tactiques de prédation muent : le journalisme se meurt, asphyxié par une parole politique hostile. »

Le Cameroun, « mauvais élève » d’une Afrique à deux vitesses

Sur le continent, le contraste est saisissant. Le Cameroun partage les bancs des retardataires avec des pays comme la Tunisie (137e), le Rwanda (139e) ou encore l’Érythrée, qui ferme la marche mondiale à la 180e place.

À l’opposé, d’autres nations africaines prouvent qu’une presse libre est possible. L’Afrique du Sud (21e mondial) domine le classement continental, suivie de près par la Namibie (23e) et les Seychelles (35e). Le Gabon, avec sa 43e place, surclasse nettement ses voisins de la zone CEMAC, illustrant une dynamique de réforme qui semble encore échapper à Yaoundé.

Une crise mondiale sans précédent depuis 25 ans

Le mal-être de la presse n’est pas qu’une exception camerounaise ; il est devenu une pandémie démocratique. En 2026, le score global moyen des pays évalués est le plus bas enregistré depuis un quart de siècle.

  • 52,2 % des pays du monde sont aujourd’hui en situation « difficile » ou « très grave ».

  • En 2002, ce chiffre n’était que de 13 %.

Le journalisme est aujourd’hui « fragilisé par une économie des médias en berne et pressurisé par l’instrumentalisation de lois contre la presse », précise le rapport de RSF. Si le peloton de tête reste dominé par le quinté scandinave (Norvège, Pays-Bas, Estonie, Danemark, Suède), la base de la pyramide s’élargit dangereusement.

Pour le Cameroun, ce classement 2026 sonne comme une urgence. Au-delà des chiffres, c’est un appel à réformer le cadre légal et à assainir l’environnement économique des médias pour que l’information cesse d’être une activité à haut risque.

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