Dans cette missive, l’universitaire réplique à la lettre du Médiateur Universel qui invalidait les « accusations très graves » que ce dernier a tenu contre le sénateur de la République Sylvestre Ngouchinghe.
Shanda Tonme,
Cher compatriote,
J’ai été informé de votre lettre ouverte. Je me demande pourquoi elle est ouverte pour ma modeste personne d’autant plus que vous avez mon adresse. J’ai donc pris le temps de vous lire avec l’attention que l’on accorde aux textes qui prétendent éclairer le débat public, même lorsqu’ils s’appuient davantage sur des impressions personnelles que sur des faits vérifiables. Votre inquiétude est respectable. Votre raisonnement, lui, appelle quelques rectifications.
Le droit n’est pas une opinion, encore moins une émotion
Vous m’attribuez des intentions que ni mes écrits ni mes propos ne contiennent.
Le droit camerounais — comme tout droit moderne — distingue clairement l’interrogation légitime de l’accusation diffamatoire.
Je me situe dans le premier registre.
Vous m’attribuez le second.
Cette confusion, que vous présentez comme une certitude, relève davantage de la projection que de l’analyse juridique.
Poser des questions n’est pas accuser : c’est un droit constitutionnel
Vous affirmez que j’aurais « monté une histoire ».
Je vous invite, en juriste que vous êtes possiblement, à citer un seul passage où j’accuse nommément qui que ce soit.
Un seul.
À défaut, votre affirmation relève de ce que le droit appelle une allégation gratuite, et ce que la rhétorique appelle une approximation commode.
Dans une affaire où une femme perd la vie dans des circonstances non élucidées, interroger les faits n’est pas un acte de déstabilisation : c’est un devoir citoyen.
Le silence, lui, peut l’être.
La confiance en la justice n’exclut pas le contrôle citoyen : elle l’exige. Dans cette exigence nous des interrogations.
Vous invoquez la nécessité de faire confiance aux institutions.
Je partage ce principe.
Mais vous semblez oublier que la confiance, en démocratie, repose sur la transparence, non sur l’injonction au silence.
Le citoyen qui questionne renforce la justice.
Celui qui lui demande de se taire, lui, la fragilise.
Votre défense personnelle d’un individu n’a aucune valeur juridique
Vous affirmez connaître le sénateur Ngouchinghe et vous portez garant de sa moralité. C’est votre droit le plus strict.
Mais en droit, cela s’appelle un témoignage de moralité, et cela n’a jamais suffi à clore une procédure, ni à écarter des interrogations légitimes. Le dossiers Mballa contre le senateur est volumineux devant les tribunaux et les intimidations et autres menaces légions.
La justice ne se rend pas sur la base des amitiés, des réseaux ou des impressions.
Elle se rend sur la base des faits.
Je n’ai mis en cause ni l’homme, ni sa famille, ni son honneur.
J’ai interrogé une situation.
Vous semblez confondre les deux.
La paix sociale ne se construit pas sur l’intimidation rhétorique
Vous évoquez les risques de tensions ethniques, les années de braise, les blessures de notre histoire.
Je vous remercie de ce rappel historique, même si je peine à voir en quoi il s’applique à une demande de clarification dans une affaire individuelle.
L’argument de la peur est rarement un argument juridique.
C’est souvent un aveu d’impuissance.
Je ne recherche ni polémique, ni publicité : seulement la vérité
Si j’avais voulu la polémique, j’aurais répondu sur votre ton.
Si j’avais voulu la facilité, j’aurais choisi le silence.
Si j’avais voulu la haine, j’aurais choisi l’invective.
Je choisis autre chose :
la rigueur, la mesure, et le respect dû à une défunte et à sa famille
Je demeure ouvert au débat, mais je resterai fidèle à une ligne simple :
la vérité n’a jamais mis un pays en danger.
Ce sont les approximations, les intimidations et les silences imposés qui le font.
Pour la mémoire de notre compatriote, pour la dignité de sa famille, et pour la crédibilité de nos institutions, je continuerai à demander que toute la lumière soit faite.
Recevez, cher compatriote, l’expression de ma considération républicaine
(e)Vincent Sosthène Fouda





